Impression 3D : quels impacts sur l'assurance construction ?

La construction en 3D fera inéluctablement forte impression, si l’on peut dire, sur les modèles traditionnels de l’assurance construction : comment assurer un industriel qui imprime une maison sur un terrain ?

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Les prouesses de l'impression 3D rapprochent chaque jour l'humanité de ses ambitions démiurgiques : créer à volonté des objets sortis du néant en pressant un simple bouton. Les retombées sur nos vies quotidiennes paraissent infinies, presque effrontées, rejoignant finalement la description prophétique qu’en faisait le romancier Arthur C. Clarke en 1964. L’auteur de 2001 L’Odyssée de l’Espace fut en effet le premier à conceptualiser l’impression 3D, démontrant une fois de plus que la fiction finit toujours par être rattrapée par la réalité.

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L'impression 3D, comment ça marche ?

Pensez à votre imprimante classique. Plutôt que projeter de l’encre sur un papier, qui n’est rien d’autre qu’un espace bidimensionnel, l’imprimante 3D projette une forme dans un espace tridimensionnel en y agrégeant de la matière (plastiques, métaux, céramiques, cire, résine, bois, plâtre, carbone, matières alimentaires, tissus organiques...).

Vous obtenez le concept d’impression 3D, faisant de tout opérateur un témoin fasciné qui voit sortir du néant les objets contemplés juste auparavant sur un écran. Le dépôt de matière opère sa magie couche par couche, sous un guidage de haute précision transmis à l’imprimante via un fichier téléchargé ou généré par un scanner 3D.

Impression 3D : quels nouveaux usages ?

Longtemps cantonnée dans un domaine restreint de l’industrie et de la CAO, l’impression 3D n’en finit plus d'apporter chaque jour son cortège d'applications.

Des prothèses médicales, une paire de skis, un vêtement, des composants aéronautiques, des pizzas pour astronautes affamés, une commode Louis-Philippe, le pendentif de votre arrière grand-mère ou la clé de 12 qu'il vous manque pour bricoler. Cette invention ouvre un champ des possibles qui tend vers l'infini. Les opposants à l’obsolescence programmée peuvent se réjouir : en permettant une réparation à peu de frais, l’impression 3D redonne une seconde vie à un appareil électroménager, un vieux jouet ou une moto de collection. Le concept de développement durable a peut-être enfin trouvé sa pièce maîtresse.

Si elle n’est pas encore pour aujourd’hui, la démocratisation du prototypage 3D s’opérera demain via la commercialisation d’imprimantes (makerbots) de plus en plus abordables et dopées par l’effet de levier incroyable d’internet qui préfigure cette ère du Do It Yourself  en proposant déjà une multitude de fichiers de modèles imprimables.

Ce processus n'est pas sans rappeler le marché du développement photographique : initialement, labos photo et centres de reprographie proposaient leurs services aux particuliers pour le développement de leurs souvenirs argentiques ou la copie de leurs documents. Puis la technologie et l’innovation ont fini par faire de chacun de nous des photographes et des imprimeurs avec l’imprimante et le scanner reliés à nos simples PC.

Mais ce qui était hier une évolution de l'informatique s'annonce demain comme un changement de paradigme. L’empilement de strates de matière qui rend possible ce miracle ex nihilo change radicalement l’acte créatif acquis depuis des millénaires.

Jusqu’à présent, le patrimoine créatif de toute civilisation était façonné par des artisans, des compagnons, des ouvriers, des sculpteurs, des manufacturiers, des industriels, au cours d’apprentissages ou de phases de R&D qui demandaient souvent plusieurs années.

Ce que change l'impression 3D provient indiscutablement de son potentiel disruptif qui abolit la frontière séparant professionnels et consommateurs en faisant de ces derniers de petits fabricants en puissance. Avec près de 8 milliards de dollars revendiqués en 2017, ce marché pourrait voir ses dépenses mondiales atteindre cette année les 12 milliards de dollars (1).

illustration Impression 3D : quels nouveaux usages ?

Impression 3D : quels impacts sur l'assurance ?

Si cette technologie de rupture se confirme, les assureurs devront eux aussi réviser leurs fondamentaux. Dans un monde qui verra la production de masse obsolète et où les produits seront téléchargeables, personne ne pourra faire l’économie d’un aggiornamento.

En annonçant régulièrement de par le monde l’expérimentation de chantiers en impression 3D,  avec des résultats toujours plus probants, le BTP montre indéniablement qu’il s’est hissé dans cette compétition de l’innovation.

L'impression d’une maison... Rien que l'expression est perturbante. Non seulement pour un constructeur, à qui on annonce qu’il sera possible d’ériger 10 maisons de 200 m² en une semaine, pour l'économiste qui entrevoit la maison au prix unitaire de 4300 €, pour l'écologiste, qui rêve d’un ouvrage imprimé avec un béton issu de déchets de construction, pour le politique, qui cherche des outils pour répondre à la crise du logement, et pour le juriste, qui ne peut s’empêcher de regarder avec inquiétude un corpus législatif conçu avant tout pour des constructeurs, mais pas pour des imprimeurs.

Pourra-t-on encore parler de contrat de louage d’ouvrage pour qualifier le marché liant un futur propriétaire et son imprimeur ?

La construction en 3D fera inéluctablement forte impression, si l’on peut dire, sur les modèles traditionnels de l’assurance construction : comment assurer un industriel qui imprime une maison sur un terrain ? Comme un concepteur ? Un fabricant ? Un constructeur dont l’activité se résume à imprimer des structures ?

La question de la qualité des matériaux se posera également avec acuité, puisqu'il faudra bien concilier notre imposant cortège de normes avec l’innovation exponentielle à portée du professionnel, comme du particulier.

Même progressive, cette mutation inéluctable redistribue les cartes : le consommateur ne se contentera plus d’assembler des pièces préfabriquées par un industriel comme il le fait quand il assemble un jouet ou une commode. Le consommateur deviendra en quelque sorte le légataire universel du fabricant du produit qu’il créera en achetant ou en se procurant le plan, reléguant inexorablement le fabricant professionnel à une activité de concepteur de plans.

La reproduction d’un objet protégé par la loi risquant de tomber sous le coup de la contrefaçon, les nombreux droits protégeant la propriété intellectuelle tenteront d’arbitrer ce gigantesque bras de fer opposant anciens et modernes, tenants de la protection contre tenants de l’innovation.

Ces bouleversements seront forcément perçus comme une chance par certains, et une menace par d’autres. Ce que résumait très bien l’initiative Public Knowledge dans un livre blanc au titre un rien provocateur : « Ce sera incroyable s’ils ne fichent pas tout en l’air : l’impression 3D, la propriété intellectuelle et la bataille autour de la prochaine grande technologie de rupture » (2).

Une seule chose semble constante dans ce monde en mouvement : l’avenir ne sera une menace que pour ceux qui ne s’y prépareront pas.

(1) rapport semestriel International Data Corporation
(2) “It will be awesome if they don’t screw it up: 3D printing, intellectual property and the fight over the next great disruptive technology.” Public Knowledge, nov. 2010

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